Notre aventure politique politicienne à Autun - Saône et Loire -
Bourgogne Chantier et ville école pour nos enfants
par Daniel et Annie Sotty
Journal de Saône et Loire du 10 mars 1986
Bravo Bernard
...! En bon journaliste, tu avais bien saisi que mon principal et seul combat
était celui de la liberté, de la dignité et de la responsabilité ... et je
te remercie.
Mais tu ne pouvais pas savoir parce que je ne te l'avais pas dit ...
Ces trois années de politique étaient depuis longtemps inscrites et
programmées dans une stratégie plus générale .... Cela devait nous servir
d'apprentissage (nous et nos enfants) pour bien comprendre ce microcosme
politique et un jour revenir plus fort ... afin de vraiment tout changer.
Notre aventure politique politicienne......
En ce début d'année 1983, nous sommes très en vue sur la ville d'Autun ...
nous participons activement à toutes les fouilles de sauvetage
archéologique de la région autunoise et cette formidable
aventure des nodules de Montceau les mines se termine en apothéose pour la
famille Sotty et pour le Muséum d'Histoire Naturelle sous la
responsabilité de Gilles Pacaud son conservateur
J'étais aussi, Président de la Société
d'Histoire Naturelle d'Autun et j'étais délégué syndical CGT.FO des Câbles
d'Autun , division du groupe CGE. A savoir que le syndicat CGT.FO était
très majoritaire dans cette entreprise et je dirigeais cette section dans
la mouvance et la lignée
des anarcho-syndicalistes du début du siècle ..
De plus, toujours en ce début d'année
1983, j'avais et j'ai toujours beaucoup de respect et d'admiration pour
Marcel Lucotte, Maire d'Autun .... alors tout naturellement
j'ai accepté d'entrer dans sa liste électorale
A cette époque je ne connaissais rien à la politique mais je revendiquais
haut et fort un humanisme revendicatif, aussi, avec Annie nous avons saisi
la perche offerte par Marcel Lucotte pour entamer cette nouvelle aventure
sachant qu'il nous faudrait aller très vite pour éviter toute pollution
grave.
Et cela à été le début d'une nouvelle aventure familiale
.... qui comme toutes les autres nous permettrait d'apprendre le maximum
dans le minimum de temps, puis de très vite se sauver pour éviter
toute contamination..
J'ai beaucoup apprécier l'homme "Marcel Lucotte"
qui en dépit d'un caractère quelquefois plus qu'autoritaire savait respecter
les hommes . Mais j'ai vite compris que les appareils politiques étaient
tous conçus et gérés pour canaliser les esprits et les hommes libres à
l'intérieur d'un courant de pensée par définition le meilleur et ce, même
si l'on est qu'un simple petit conseiller municipal. C'était pas mon
"truc" et je n'étais pas particulièrement à l'aise.
Alors, je m'opposais de plus en plus
ouvertement à la politique municipale et j'ai cherché une issue rapide à
cette première expérience de politique politicienne.
La première occasion m'est offerte en 1984
avec le départ de St Forgeot du groupement de communes autunoises et le 24 Septembre
1985, j'ai écris à Marcel Lucotte cette lettre
Monsieur le Maire,
Vendredi dernier vous m'avez réaffirmé que je sois à
nouveau candidat au poste de conseiller municipal.
Comme je vous l'ai dit, je vous confirme ma volonté de
ne pas me représenter sur votre liste
En voici les raisons :
1/ je n'ai effectivement pas le temps d'assumer
correctement ma fonction de conseiller municipal. Pour moi, la position
d'élu implique que l'on investisse le meilleure de sa personne à la tâche
choisie et exige une disponibilité et un enthousiasme de tous les
instants. Etre élu, ne doit pas être source de privilèges, mais tout au
contraire doit apporter un lot de contraintes et d'obligations d'exemple.
Cette conception est très éloignée de celle affichée par un de
vos colistier qui m'a dit "viens sur la liste, si tu ne fais rien ...ce
n'est pas grave"
2/ Comme beaucoup dans la France d'aujourd'hui je suis
complètement déboussolé politiquement. Certes je reste un humaniste
"libéral" farouchement opposé à toute dictature et ouvertement ennemi à
tous les appareils "broyeurs d'hommes" où "générateurs de castes" ; que ce
soit la technocratie bourgeoise ou la bureaucratie socialiste qui sont,
toutes deux, très dépendantes de la bonne pensée philosophique délivrée par "les grandes
écoles" , l'ENA tout particulièrement. Je dis non au sectarisme
gouvernemental et je ne partage pas la politique de l'opposition
parlementaire à laquelle vous appartenez ( ex pour moi : débat permanent
sur la cohabitation = débat sur le partage des privilèges)
3/ J'appartiens à la classe
laborieuse mais contrairement à un autre de vos colistiers qui se glorifie
de "bouffer du syndicaliste", je ne "bouffe pas du patron", je combats,
indépendant de tout pouvoir, pour l'amélioration de la vie quotidienne des
salariés. Je suis digne et libre dans le syndicalisme CGT. FORCE OUVRIERE
que nous vivons au quotidien aux Câbles d'Autun. Nos combattons sur le
terrain les inégalités, les injustices, les privilèges et la
discrimination. C'est cela .. ma vie .
4/ N'ayant pas eu les moyens de
participer activement à la gestion locale ..............
...........
Vous comprendrez qu'il m'est
impossible de figurer sur votre liste d'autant qu'un de
vos futurs collègues a tenter de me convaincre par cette phrase
particulièrement malheureuse :
" viens sur la liste, tu es obligé ,
sinon Lucotte se vengera"
Je ne serai pas sur votre liste
Très respectueusement
En 1984 dans notre petite
ville de province, toute la famille Sotty vit "pied au plancher",
elle est
engagée sur plusieurs fronts et participe à des aventures familiales
importantes .
En politique politicienne nous nous
éloignons définitivement de Marcel Lucotte, en paléontologie nous terminons
l'aventure "nodules de Montceau les mines" par une table ronde
internationale, en archéologie nous sommes très actifs , nous venons de
trouver une pierre de chancelle du IXème siècle et nous participons
activement à toutes les fouilles de sauvetage, en social je suis
défenseur syndical au Conseil des Prud'hommes, en syndicalisme nous
organisons une grève dure et nous sommes très revendicatif, en aménagement
de notre maison, dans le monde associatif je suis Président de la Société
d'Histoire Naturelle d'Autun et membre actif de plusieurs autres et
encore, et encore ... nous sommes de tous les combats et nous ...
En 1985, l'aventure
nodules de Montceau était totalement terminée, alors dans ce microcosme autunois
je criais haut et fort mes véritables valeurs d'anarcho-syndicalistes, mon
dégoût face à la misère, mon rejet de l'arbitraire et mon combat permanent
contre l'exclusion, le racisme et
l'irresponsabilité ambiante. De plus je me sentais très bien dans le
syndicalisme CGT-FO que je vivais au quotidien et où j'exerçais des
fonctions marquantes. Je voulais que tous sachent que je n'étais pas un
petit notable et que je supporterais pas d'être assimilé à un petit
bourgeois, quand bien même j'étais connu et respecté au sein de toute une population "bien pensante"
Tout naturellement, je m'étais démarqué de la mouvance libérale de Marcel Lucotte sans renier l'homme
que j'appréciais toujours et j'affichais ouvertement une position très à
gauche dans l'échiquier politique. Cela était très
nouveau pour l'homme de 43 ans que j'étais et qui n'avait jamais pris ou
eu le temps de se positionner politiquement et de revendiquer un
militantisme politique, trop occupé aux diverses activités culturelles,
sociales, humaines, spirituelles et associatives réalisés avec sa famille.
Comme depuis toujours, notre vie matérielle et la situation professionnelle n'entraient
pas dans nos préoccupations prioritaires.
Ma famille approuvait et soutenait ce
choix qui pour une fois n'avait pas dès le départ de vraie limite "temps" .....
et je m'engageais ...en créant une section du MPPT, car c'était un mouvement nouveau avec des hommes
épris de justice venant de divers horizons (socialistes, communistes, militants
syndicaux, déçus de la gauche et aussi militants du PCI .... ).
Je devenais donc tête de la liste MPPT
en Saône et Loire pour les prochaines élections législatives programmées
en mars 1986.
Puis les meetings, les conférences de
presse, les réunions, les manifestations et les écrits se succédaient à un
rythme "fou", mais tout cela me convenait car je croyais à ce combat, je
croyais .... à plus de démocratie, je croyais qu'il était nécessaire de créer un
parti qui puisse vraiment défende l'homme et les libertés individuelles.
Et avec mes camarades, nous défendions
le droit au travail, le droit à l'instruction égalitaire, le droit à
la santé pour tous, l'égalité des hommes devant la loi et l'égalité devant
l'impôt.
J'avoue que je me suis fait avoir, car je croyais vraiment que c'était
possible...... ? ? ?
Les résultats des élections du 16 mars 1986 furent particulièrement
décevants, quand bien même je ne me faisais aucune illusion, et je les
identifiais à un échec cinglant et personnel, .... et mes camarades, plus politisés
en ont remis une couche me
répétaient que nous n'avions pas perdu et qu'il fallait continuer la lutte
..... je décidais de tout arrêter et de tourner la page politique
politicienne, mais je reviendrais !.
Le lendemain lundi 17 mars, j'ai affiché
dans les panneaux syndicaux aux Câbles d'Autun la lettre suivante.
Chers camarades, chers amis,
J'espère que vous avez tous su que
j'étais candidat aux élections législatives en Saône et Loire. Je
défendais le droit au travail et le respect de hommes dans l'entreprise et
dans la vie.
Dans votre très grande majorité, vous
tous que je connais bien et que je défends, avez préféré .... la
flexibilité à Joxe et Cie ... le nouveau code de la sécu ... la
flexibilité des salaires ... la dégradation de vos conditions de travail
... le licenciement sans autorisation ....
Vous comprendrez que je ne vous sois
plus d'un grand secours.
Il n'est jamais bon d'être seul ....
Vous savez qu'il existe entre les Câbles
d'Autun et moi même toute une série de contentieux, notamment un procès en
Cour d'Appel ou je risque aussi de me retrouver seul du fait que FO sera
vraisemblablement mis hors de cause. Et comme, je resterai fidèle à ce que
je suis, l'incompatibilité réciproque entraînera fatalement à une
aggravation des rapports ....
Après aussi ... je serais seul ...
J'ai donc décidé d'accepter mon
licenciement.
Et voilà ... la roue tourne ... elle
tournera encore ...Mais, ce que je sais ... c'est que demain vous serez
obligés de vous battre et comme vous n'avez pas su le faire
démocratiquement, trop occupés à défendre vos petits privilèges du moment
.... vous construirez des "barricades" et vous "crèverez".
Mais rassurez-vous ... je suis issu de
la classe ouvrière et je resterai fidèle à tous ces hommes (vos pères) qui
se sont battus pour la justice et la liberté ... alors je viendrai
"crever" avec vous ... dommage ...!
Aujourd'hui ..je m'en vais car je suis
"fatigué" et je vous laisse à méditer cette fable de La Fontaine (le loup
et le chien)
A bientôt sûrement sur une "barricade"
car c'est, .. je le crains ... votre seul moyen de lutte (du moins le seul
que vous connaissez) "
Daniel Sotty votre ancien délégué syndical
Au lendemain des élections .. j'ai
démissionné également de ma fonction de président de la Société d'Histoire
Naturelle d'Autun ... j'ai tout "plaqué".. j'ai arrêté le syndicalisme et
la politique politicienne ...je n'avais plus de travail .. Mais il me
restait l'essentiel ... ma famille ... Annie et mes 5 enfants ... qui étaient
avec moi et qui continueraient avec moi ... nous étions solidaires, unis et nous savions
que nous ferions autre chose ... plus tard ... autrement ... mais nous ne
renoncerions pas à ce combat pour la justice, la liberté, la dignité et la
responsabilité.
Mais il ne faut tout de même pas "cracher dans la soupe"
la politique politicienne est très utile pour le décor de certaines pièces
de la maison .... de notre maison à Autun .... !
VOIR
Nous avions beaucoup appris durant ces 3 années.
1/ qu'il est impossible de vraiment changer un appareil de l'intérieur.
2/ que la plupart des hommes entrent en politique avec de vraies idées de
solidarité et de justice ... puis la puissance, le pouvoir et l'argent,
font qu'ils oublient ... et c'est une fatalité... ils veulent le pouvoir
pour le pouvoir.
3/ qu'il y a des hommes bien et des cons dans toutes les mouvances et
aucun parti ne peut se targuer d'avoir la vérité et d'être dépositaire de
la justice et de la solidarité.
4/ c'est le système lui-même qu'il faut remettre en cause et donc, la
position et le rôle des hommes de pouvoir
5/ c'est encore plus pourri, vu de l'intérieur
Le 17 mars 1986, nous avons fermé plusieurs pages .... FIN ....
Nous étions prêt à ouvrir la page économique et relever le défi de
s'insérer dans ce monde dont nous ignorions encore tout...