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Une Famille fête le retour de seize prisonniers
A la limite des communes de Sanvignes et de Saint Eugène, au lieu-dit "La
Praye", est une grande exploitation agricole dirigée par Monsieur Segaud. Cet
endroit désert servit d'abord aux Allemands qui y abritaient chevaux et
voitures. Par la suite, il fut le champ d'action de nos gars du maquis...
De nombreuses rencontres eurent lieu et plusieurs Allemands furent tués, mais
hélas ! quelques maquisards y trouvèrent aussi la mort.
Très souvent, Monsieur Segaud fut menacé par les Allemands qui le
soupçonnaient d'abriter le maquis, le ravitailler et lui donner tous
renseignements utiles (ils ne se trompaient pas). Par son attitude énergique
et les allemands n'ayant jamais pu trouver de pièces compromettantes chez
lui, il eut la vie sauve.
Les familles Sotty et Segaud eurent 18 enfants. Les aînés firent la guerre
14-18 et les autres, avec leurs beaux-frères et neveux fournirent seize
combattants à la dernière guerre. La majorité d'entre eux étaient
cultivateurs, on devine le travail que durent fournir femmes et enfants pour
continuer leur exploitation.
La fin de la guerre arriva enfin et les seize mobilisés prisonniers
retrouvèrent leurs foyers.
C'est en l'honneur de cet heureux événement que Monsieur Segaud rassembla les
familles des 16 prisonniers (frères, beaux-frères, neveux, etc...) et offrit
un dîner qui rassembla 123 personnes.
Cinq grandes tables furent dressées dans la grange, et les invités s'en
donnèrent car la fête dura deux jours.
Les doyens d'âge étaient d'une part Monsieur Sotty (veuf) 75 ans et Madame
Veuve Segaud74 ans qui eurent le plaisir ce jour-là d'assister aux baptême de
deux arrières petits-enfants.
Au dessert, Monsieur Sotty, l'heureux grand-père aux cheveux blancs courbé
par les longues années de labeur, prit la parole et c'est par des mots très
simples, mais venant du coeur, qu'il manifesta la joie de se voir entouré de
toute sa famille ; il rappela les souffrances et la misère de ses
prisonniers, l'exploit des combattants des deux guerres et la barbarie de
l'occupant ; il termina en disant qu'il fallait renoncer aux chagrins,
oublier ce vilain passé et regarder vers l'avenir pour que vive la France.
Enfin, à l'adesse de tous les amis décédés, il demanda une minute de silence.
La parole fut donnée ensuite aux chanteuses et aux chanteurs et une joyeuse
sauterie termina cette grande fête de famille où on sent ce grand accord qui
fait la force de nos laborieuses familles de la terre
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